Poème d’une abeille un matin d’été

Poème d’une abeille un matin d’été

Abeille bruissante des matins d’été,
Abeille qui bourdonnes dans la tasse,
Abeille où es-tu allée?
Abeille bruissante et jamais lasse.

J’ai construit ma ruche
Dans la cervelle d’un enfant
Mais tant va l’abeille à la cruche
Que la fleur fleurit dedans.

Ce furent d’abord les yeux étonnés
Et le miel, et la cire bien construite,
Le sourire et le rire et le mot chantonné
Et la question jamais détruite.

Tant qu’à force de bourdonner
Dans la cervelle de l’enfant
Il finit par s’en étonner
Et par inquiéter ses parents.

Quand il fut approvisionné
De miel et de cire bien mûrs
Alors je l’ai abandonné
Dans le baiser d’une piqûre.

Mais nul jamais ne fera sortir de sa mémoire
Mon bourdonnement à moi, l’abeille,
Et jamais il ne voudra croire
Aux mots pourris qu’on glisse dans l’oreille

Robert Desnos